Écouter les autistes
Collectif de praticiens auprès d’autistes

Accueil > Lectures et actualités > Interview de La Marmaille

Interview de La Marmaille

jeudi 22 juin 2017, par le Collectif de praticiens auprès d’autistes

Version imprimable de cet article Version imprimable

Le Collectif interview une association rennaise qui propose un temps d’accueil ludique pour des enfants autistes sur Rennes, dès la rentrée de septembre 2017

Le Collectif : La Marmaille, c’est quoi ?

La Marmaille : Un dispositif d’accueil ludique pour les enfants autistes et leurs parents, à Rennes, à la Maison de Quartier La Touche. Le dispositif est géré par l’association du même nom, à but non lucratif. Ludique, c’est à dire centré autour du jeu, des objets, du bricolage. En somme un dispositif qui puisse offrir à l’enfant un lieu sécurisant prenant en compte la singularité de ses intérêts, et dans le même temps permettre aux familles un temps de respiration ou d’échanges.

Le Collectif : Pouvez-vous nous dire comment l’idée de ce projet vous est venue ?

La Marmaille : D’un contexte et d’un désir. Le contexte général, c’est un manque évident de places d’accueil et de dispositifs pour les autistes et leurs familles. Notre désir, celui de faire une offre originale sur Rennes qui tienne directement compte des objets et affinités des autistes.

Le Collectif :
D’où proviennent les demandes ? Comment les traitez-vous ?

La Marmaille : Les demandes émanent des parents qui cherchent des temps de relais pour leurs enfants, surtout le weekend, car les institutions ferment. Nous partons de celle-ci et des centres d’intérêt de l’enfant pour construire un accueil sur-mesure, non standardisé. Suite à une première prise d’informations au téléphone, nous proposons une rencontre. Nous effectuons celle-ci en binôme afin de pouvoir à la fois être avec l’enfant, mais aussi avec sa famille.

Nous pouvons être amenés à réorienter la famille vers d’autres dispositifs ou institutions, en fonction de nos capacités à accueillir l’enfant et de la particularité de la demande qui nous est adressée.

Le Collectif : Quels sont « les critères d’admission », le nombre de places et la fréquence de l’accueil ?

La Marmaille : Le dispositif s’adresse aux enfants de 4 à 12 ans. Ce choix est relatif au lieu dans lequel se déroulent nos accueils. Nous avons aussi l’idée que cette période est particulièrement difficile pour les parents et très fécond pour intervenir auprès des enfants autistes. Actuellement, nous disposons de trois places par accueil, un samedi après-midi par mois. Un enfant peut venir une ou plusieurs fois. Nous espérons, même si cela reste une autre étape de notre projet, que la fréquence des accueils pourra augmenter assez rapidement et permettre d’accueillir davantage d’enfants…

Le Collectif :
Qui intervient auprès des enfants ? S’agit-il de personnes formées à l’accueil de l’autisme ?

La Marmaille : Il y a une douzaine d’intervenants bénévoles. Ils sont pour la plupart issus des professions du médico-social. Des éducateurs, des psychologues, une neuropsychologue, un infirmier. Nous avons souhaité solliciter des personnes ayant l’expérience des accompagnements des personnes autistes, mais surtout disposées à les suivre, à apprendre et à inventer auprès d’eux. Quelques artistes devraient nous rejoindre également dans cette aventure pour élargir le champ et proposer des médiations originales. Les réunions d’équipe, par l’échange et la discussion, permettront un travail de réflexion sur les accueils avec les bénévoles.

Le Collectif : Comment pensez-vous permettre que ces enfants autistes, qui par définition ont du mal avec les changements, ne soient pas trop angoissés par un temps d’accueil court en un nouveau lieu ?

La Marmaille : La question s’est posée d’emblée. Elle est fondamentale. S’il est vrai qu’ils ont généralement du mal avec les changements, nous ne pouvons anticiper précisément pour tous comment les désangoisser. Cela ne peut se faire qu’au cas par cas. C’est lors du temps de préadmission, en échangeant avec les parents et l’enfant, nous pouvons anticiper les difficultés et constituer un savoir sur les solutions déjà élaborées par l’enfant dans sa famille.

Néanmoins, nous avons construit le cadre général de notre accueil pour qu’il soit « réglé ». Cela implique d’être suffisamment constants et organisés, en somme de nous contraindre à l’observation de quelques règles.

D’abord, nous garantissons aux enfants qu’au moins un intervenant de l’accueil précédent sera disponible sur l’accueil à venir. Les autistes sont soucieux d’une certaine immuabilité. Dans cette perspective, nous nous tiendrons au même déroulé chaque après-midi. Ce déroulé sera transmis par mail à l’enfant et à ses parents pour qu’il puisse s’en faire une représentation. Le début et la fin des accueils seront balisés. Par exemple, pour marquer la fin de l’accueil, nous organisons un petit goûter qui indique que les activités vont se terminer.

Nous avons aussi à l’esprit l’idée de décliner cette fonction du « signe » que les autistes affectionnent pour leur garantir des points de repère. Notre logo va nous servir à délimiter les espaces propres à l’accueil dans la Maison de Quartier, mais aussi de pouvoir identifier les intervenants qui porteront un petit badge. Nous pensons faire usage d’un petit trombinoscope. Chaque intervenant et chaque enfant aura une petite photo qui sera affichée et transmise pour montrer qui sera présent lors du prochain accueil.

Un des enjeux est de pouvoir traiter le moment de séparation et de retrouvailles avec douceur. À cet effet, si les parents le souhaitent, ils peuvent évidemment rester un temps à proximité. La configuration des locaux de la Maison de Quartier de La Touche permet de disposer d’espaces pour prendre une boisson, à côté de la salle d’accueil. Il est important et rassurant que les parents puissent prendre le temps nécessaire avant de laisser leur enfant pour l’après-midi.

Un dernier point important est que nous proposons aux enfants d’apporter leurs jouets, leurs bricolages, leurs objets. En effet, c’est une condition sine qua non à un accueil apaisant et rassurant. En quelque sorte, nous accueillons leur monde. Dans nos accompagnements, nous nous efforcerons de soutenir activement l’appui qu’ils ont déjà sur des objets ou centre d’intérêts. Nous avons déjà pu constater combien ce principe de les inviter à apporter leurs constructions est fondamentale dans le lien qui se construit. Un jeune garçon que nous accueillerons en septembre est arrivé avec une ventilation de hotte de cuisine. Il affectionne les églises et les machines à laver. Nous l’aiderons dès la rentrée à bricoler des machines avec des ventilations. Il nous a déjà montré des tutoriels en ligne pour nous expliquer ce qu’il souhaite faire.

Le Collectif : Le dispositif est également adressé aux parents. Que leur proposez-vous ?

La Marmaille : Nous avons construit le projet avec des parents. Valérie Gay Courajoud, marraine de l’association, et quelques autres nous ont permis d’anticiper les possibles difficultés. Nous leur proposons d’abord de les rencontrer, de voir avec eux si l’accueil de leur enfant au sein de notre dispositif est possible et le cas échéant de les accompagner vers d’autres solutions. Si la rencontre débouche sur une admission, nous leur offrons un temps de répit, sous la forme d’un relais, par l’accueil de leur enfant autour d’ateliers ludiques.

L’idée est de leur permettre de prendre du temps pour eux ou comme c’est le cas d’une famille que nous avons rencontrée, de dégager du temps pour s’occuper un peu plus de leurs autres enfants.

L’enjeu principal est de leur permettre une respiration dans un quotidien qui peut être parfois lourd et difficile à gérer. Pour que cela soit possible, qu’ils en profitent pleinement, l’organisation de notre accueil est pensée pour qu’ils soient partenaire à part entière de la construction de l’accompagnement. Nous l’inventons donc avec eux et avec l’enfant, ce qui est essentiel pour chacun.

Dernier point, nous pensons à créer un temps d’échange sur le modèle « bistrot discussion ». Ce rendez-vous s’adressera autant aux parents qui nous confient leur enfant qu’à d’autres, désireux de se saisir de cette opportunité. Nous ferons une annonce sur notre site dès que possible.

Le Collectif : L’accueil est bénévole. Comment financez-vous les accompagnements ?

Toute l’équipe travaille à titre bénévole. Cela va nous permettre une rotation sur les accueils pour que chacun puisse s’investir sans s’essouffler. Nous avons la chance de bénéficier à titre gracieux de locaux à la Maison de Quartier La Touche. La plupart des frais qu’ont déjà engendré et qu’engendreront à l’avenir la vie de l’association et les accueils ont fait l’objet d’un budget prévisionnel de 1500€ et d’une campagne de financement participatif en ligne. En moins de 10 jours, nous avons atteint notre objectif !

Nous étions un peu timides. Forts du succès de cette campagne, nous avons construit un nouveau budget pour être plus à l’aise ainsi qu’en prévision d’un développement de nos activités. Nous relançons donc une campagne pour obtenir 1500 € de plus.

Ce financement permettra l’achat de matériel (tente Quechua, tablettes numériques, crayons, jouets, etc.). Nous demanderons aux familles une petite participation aux frais pour le goûter et l’achat de matériel spécifique aux particularités des demandes des enfants.

Pour participer à la campagne de financement : https://www.kisskissbankbank.com/la-marmaille-accueil-ludique-pour-enfants-autistes

Le site internet de La Marmaille : www.lamarmaille.org

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0