Écouter les autistes
Collectif de praticiens auprès d’autistes

Accueil > Lectures et actualités > Permettre une confiance propice à la rencontre : le pari d’une association de (...)

Permettre une confiance propice à la rencontre : le pari d’une association de parents, TEAdir

vendredi 1er février 2013, par Fanny Bihan

Version imprimable de cet article Version imprimable

Le 19 janvier 2013, une rencontre avait lieu entre les intervenants du CPCT-parents de Rennes (Centre psychanalytique de consultation et de traitement) et Ivan Ruiz, auteur du film D’autres voix et président de l’association TEAdir à Barcelone en Espagne. Etaient également conviés les membres du collectif de praticiens auprès d’autistes de Rennes.

La rencontre a permis un échange à partir du témoignage d’Ivan Ruiz sur l’expérience originale de l’association TEAdir, créée il y a 3 ans.

L’association TEAdir visait dans un premier temps à offrir un espace d’échange aux « parents d’enfants présentant des difficultés ». Les parents se sont rencontrés autour des signifiants « autisme » et « psychanalyse ». Le bureau de l’association TEAdir, composé de parents et de psychanalystes, énonce clairement aux familles susceptibles d’être intéressées, son appui sur le discours de la psychanalyse lacanienne. 

 Au fil de l’expérience, deux modalités d’accueil se sont définies : l’accueil des familles d’abord, sous forme d’un groupe de parents, se rencontrant une fois par mois et permettant une certaine souplesse dans sa fréquentation. Ce groupe permet un échange sur les difficultés mais aussi les trouvailles des enfants et de leurs parents pour juguler l’angoisse à laquelle les situations du quotidien peuvent les confronter. La deuxième modalité d’accueil pour les enfants et adolescents est apparue dans un second temps : des ateliers sans visée préétablie, sans programme, menés par sept professionnels.

Interrogé sur l’objet du groupe proposé aux parents, Ivan Ruiz met en avant l’offre d’un espace où la parole est respectée dans sa singularité. Il ne s’agit pas de promouvoir l’identification comme modalité de lien social entre les participants, à partir d’un trait qui serait par exemple : « parents d’enfant en difficulté », mais bien au contraire de permettre que chacun parle de sa propre voix, à partir de son expérience singulière, unique. Un psychanalyste anime le groupe pour faire circuler la parole mais se garde d’interpréter ces paroles, de leur donner un sens. Il ne s’agit dès lors ni de traduire en d’autres mots la parole de chacun, ni de synthétiser ce qui est échangé en des termes ayant l’accord de tous, ni de partager des « recettes » sur comment y faire avec son enfant à partir de l’expérience de chacun. Ce qui compte, grâce à l’aménagement d’un espace de confiance, c’est de soutenir un dire, une énonciation personnelle qui par elle-même peut produire un savoir nouveau pour celui qui parle et pour celui qui écoute. Ce dire assumé produit un allègement, propice au rire partagé, à l’évocation de toutes les petites situations qui font le quotidien, différentes pour chacun.

Comme le souligne dans le film d’Ivan Ruiz, Vilma Coccoz, psychanalyste, dans le cas de l’autisme, les enfants ne disposent pas de « l’écran mental » pour donner sens aux différents éléments qui constituent notre réalité quotidienne. Ils se trouvent de ce fait confrontés à un réel qui fait effraction et peut provoquer l’angoisse. Cet écran mental, que la psychanalyse lacanienne définit comme fantasme fondamental, se construit dans la rencontre du sujet avec le langage. Le réel des sensations corporelles et des perceptions se trouve dès lors encadré, filtré, par du sens et de l’image qui lui donnent contour et voilent ce qui, sinon, reste chaotique, hors sens, pur réel. Dans l’autisme, il y a un point de butée quant à l’entrée dans l’énonciation propre, et le fantasme est défaillant pour apporter un cadre pare-angoisse face au réel. De ce fait, tout dans la réalité peut faire intrusion pour le sujet autiste : le bruit d’une voiture, la voix de l’interlocuteur, sa présence physique, son intention qui peut rester énigmatique, hors sens et prendre une tonalité inquiétante.

Comment dès lors a été pensée la rencontre entre les enfants autistes et les intervenants dans les ateliers ? Quoi proposer ? Pour quoi faire ? L’atelier est pensé sans but préétabli, sans visée particulière mais comme une « mise en présence des corps ». L’adulte propose un atelier, à partir de ce qui l’anime lui : ballon, ping-pong, … Il garantit la durée de l’atelier et son unité de lieu. Il propose par sa seule présence l’éventualité de la rencontre avec l’enfant. Surprise… L’enfant à qui l’on ne demande rien de particulier, que l’on ne s’échine pas à animer, prend l’initiative de la rencontre avec l’autre, lui prend la main, le regarde…

Que l’enfant se sente suffisamment en confiance pour aller vers un autre enfant participant à l’atelier ou un adulte est un travail à part entière… C’est le pari. Et quel pari !

Fanny Bihan

Source : La Lettre mensuel, février 2013

Bande-annonce du film d’Ivan Ruiz, « D’autres voix, un autre regard sur l’autisme » diffusé en salle en janvier 2013.

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0